Si aujourd’hui, les tunisiens s’habillent et se parent de la même façon, il en était autrement au début du siècle, où chaque région, sinon chaque village avait ses costumes masculins et féminins.
Costume traditionnel féminin
Le costume traditionnel féminin se caractérise par sa variété d’une région à l’autre. Cependant la pièce essentielle qui le constitue est la tunique « coupée cousue ». Conçues dans des formes larges et simples les tuniques sont souvent sans manches, coupées dans des tissus de laine, de coton ou de soie, selon les circonstances. La broderie est le signe distinctif des différents costumes régionaux.
Fils d’argent, paillettes et cannetilles dorés sont les ornements de presque tous les vêtements féminins : chemises (Qmajja), gilet (Farmla), robe (Jebba et Kadrûn), foulard (Takrita), Coiffe (Qoufiya), manches (Kmâm), et tunique de mariage (grande Qmajja).
Au Sahel sont confectionnés les riches drapés, brodés d’or et de soie où foisonnent de multiples motifs figuratifs : personnages, fleurs, animaux…Les villageoises des montagnes du Sud rehaussent leurs élégantes robes drapées de motifs géométriques.Les coiffes richement décorées de broderies de soie, d’argent, de perles et d’or, des bijoux, nombreux et variés, des chemisiers aux larges manches en dentelle, des chaussures aux broderies adaptées étaient les compléments indispensables de ces costumes féminins.Le costume traditionnel est aujourd’hui encore, la tenue par excellence pour les mariages et les cérémonies et constitue une source d’inspiration d’habits plus modernes.A partir des techniques et de l’esthétique ancienne, de nouveaux produits sont nés. Les vêtements et la parure connaissent une mutation adaptée à la vie contemporaine et imposée par la mode.
Costume traditionnel masculin
Il a sa spécificités régionales tout en se référant à des origines ancestrales arabes pour son aspect général (costume ample).
Le Kaddroun, la blouse, le bden sont encore portés surtout dans les régions rurales mais c’est la Jebba qui s’est imposée comme habit traditionnel national.
La Jebba tunisienne a bénéficié des influences andalouses et turques pour se présenter telle-quelle est de nos jours.
Cet habit ample couvrant tout le corps, se différencie selon la qualité de son étoffe, ses couleurs et ses passementeries. Les garnitures vestimentaires (harj-elkessoua), passementeries, galons tissés, tresses doivent êtres en harmonie avec les tissus de la jebba variant selon les saisons : laine, soie, drap (melf), toile de lin (quamraya) et mélange de soie et laine (mqârdech).
Les pièces complétant le port de la jebba, costume traditionnel masculin des citadins, comporte deux à trois gilets ouverts ou fermés (bedaia), sedria, fermla), une veste (mentân), une culotte bouffante (serouâl) serrée à la taille par une large ceinture de soie. A l’extérieur ce costume est complété par le port d’un burnous qui est également rehaussé par une broderie spéciale œuvre d’hommes brodeurs appelés «Bransia».
Chéchia
Ce bonnet rouge de laine avec gland ou sans gland, est introduite en Tunisie par d’habiles artisans andalous venus d’Espagne, pour devenir le symbole vestimentaire de notre pays et dont on s’efforce de perpétuer la tradition et de lui assurer la continuité par multiples encouragements institués par l’Etat.
Artisanat raffiné et urbain, spécialité exclusive de Tunis, les maîtres artisans ou « Chaouachiyas » faisaient partie de l’aristocratie des souks et l’amine de la profession était désigné parmi les notables.
Sa fabrication en plusieurs phases implique plus de dix personnes avec divers outils et accessoires.
Aujourd’hui, la chéchia au-delà de l’engouement qu’elle a connu est prisée des jeunes qui la redécouvrent et lui donnent un second souffle.
Broderie
Plus que toute autre expression traditionnelle, la broderie exprime de façon admirable le degré de raffinement et de délicatesse atteint par la Tunisie et sa capacité à réussir avec bonheur la réalisation des ouvrages les plus complexes.
La broderie est une véritable « naqch hadida » avec fil… Le brodeur est un architecte du fil…Son œuvre est une construction savante témoignant de la richesse civilisationnelle habitant la main qui tient l’aiguille et guide le fil, de maillon en maillon, à travers le tissu de l’histoire.
Lorsque la femme tunisienne était encore au foyer, elle n’est pas restée les bras croisés. Elle s’est investie, depuis sa demeure, dans tous les métiers en jouant ainsi un rôle socioéconomique primordial. Armée de son « Gorgâf », métier à cadre circulaire, elle a raconté des histoires brodées de toute beauté.
Citadins et ruraux, hommes et femmes de Tunisie ont donné la preuve de la dextérité avec laquelle ils manient le fil et l’aiguille… La variété des genres et des styles nous laisse perplexes… Que de différence entre la broderie de Raf-Raf et celle d’El Jem ou celle de Kerkena ou Moknine… Dans un domaine aussi restreint que celui de la broderie nous découvrons avec fierté et stupeur la richesse considérable de la Tunisie.
La broderie est un espace d’écriture diverse qui a pour support les vêtements, les nappes, les coussins, les draps et les couvre-lits… La broderie raconte, à l’aide d’une écriture pleine de poésie, l’extraordinaire unité des visages multiples de la Tunisie.
Habit traditionnel…Créations et tendences de demain
Le costume traditionnel tunisien est le réceptacle d’un héritage culturel toujours sauvegardé, sans cesse enrichi. C’est un des domaines au sein duquel la création artistique se manifeste avec le plus de vigueur.
Ce courant novateur, qui fait naître une ligne de costumes tunisiens a été amorcé par l’ONAT en instituant le Concours « Khomsa d’Or » en 1996, donnant lieu chaque année à un florilège de créativité (création d’une tenue de ville fonctionnelle, répondant aux exigences de la vie moderne et pour vaquer aux préoccupations quotidiennes, inspirée de l’habit traditionnel tunisien).
L’engouement pour cette nouvelle ligne de costumes féminins et masculins suscite bien des espoirs et génère des compétences.